Affaire Chebeya en RDC: pourquoi les témoignages sont-ils crédibles?

Un homme avec un t-shirt avec les portraits de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana attend, en avril 2013, le procès d'un des principaux accusés dans l'affaire.

En RDC, les réactions se multiplient après l’enquête de RFI et la diffusion de deux témoignages de policiers impliqués dans l’assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana. Le patron de la Voix des sans Voix avait été retrouvé asphyxié dans sa voiture, le 2 juin 2010. Le corps de son chauffeur n’a jamais été retrouvé. Tous deux avaient rendez-vous la veille à l’Inspection générale de la police pour rencontrer le général Numbi, un proche de Joseph Kabila, alors chef de l’État.

Pour les ambassadeurs de l’Union européenne et des États-Unis, il faut que la justice congolaise se saisisse de ces témoignages pour relancer la procédure. L’ambassade de Belgique a souhaité voir l’ensemble des auteurs condamnés et la justice enfin rendue. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme s’est dit disponible pour assister la justice à faire la lumière sur cette ignoble assassinat, par la voix d’Abdoulaziz Thioye, son directeur.

Ces témoignages créent une onde de choc d’abord parce que ce sont des policiers qui admettent avoir participé. Hergil Ilunga et Alain Kayeye Longwa donnent des détails précis, des noms, décrivent ce qu’eux-mêmes ont fait, des informations qui se recoupent avec d’autres recueillies par des ONG comme la Voix des sans Voix. L’organisation de Floribert Chebeya avait notamment interrogé les habitants du quartier de Mitendi, où la voiture et le corps de Floribert Chebeya ont été abandonnés. Une concordance aussi avec des informations contenues dans le dossier de la justice militaire. Mais le témoignage de ces policiers se recoupe aussi avec d’autres témoignages comme celui du premier policier qui a brisé le silence.

Il s’appelle Paul Mwilambwe, il a témoigné sur nos antennes dès 2012. Et lui se souvient très bien d’Hergil Ilunga le 1er juin 2010 : « Je commence d’abord par Hergil Ilunga. Lui, je l’ai vu dans ma caméra de surveillance, quand ils ont sauté sur Chebeya, cagoulé Chebeya, à la réception. J’ai vu, Hergile Ilunga et Alain Longwa Kayeye, le rôle qu’il a joué, quand je suis descendu de mon bureau, en voyant comment Chebeya a été étouffé, à partir de la réception -ce que ma caméra de surveillance est en train de capter-, je me suis dirigé au hangar et j’ai trouvé Christian Ngoy. Et Kayeye, je l’ai vu à côté de la voiture de la Voix des sans Voix, à côté de cette voiture, c’est là où j’ai vu Kayeye. C’est comme si on lui avait donné des consignes de garder la voiture. »

« J’ai vu le sang, beaucoup de sang »

Paul Mwilambwe avait déjà donné les noms des membres du commando depuis 2012 aux organisations de défense des droits de l’homme et nos deux témoins en faisaient partie. Et Paul Mwilambwe était en mesure de les connaître puisqu’il habitait avec plusieurs d’entre eux chez le chef de l’opération, le major Christian Ngoy Kenga Kenga. Il lui a fait part de ses objections face à ce double assassinat le jour même. Hergil Ilunga a vu Paul Mwilambwe se plaindre. On peut arriver à reconstituer des scènes à travers parfois jusqu’à quatre ou cinq témoins.

Autre témoin interrogé, qui vit en exil, Kalala Kalao. Il avait déjà expliqué ce qu’il avait vu lors du procès en appel des assassins présumés de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana. C’est le chauffeur civil d’un des principaux accusés, Daniel Mukalay, le chef des renseignements et services spéciaux de la police. Il se souvient quand Hergil Ilunga, Alain Kayeye et les autres membres du commando sont rentrés après leur forfait.

« Hergil Ilunga, c’est lui qui conduisait la voiture avec les deux corps de messieurs Floribert Chebeya et Bazana dedans. C’est moi, qui ai nettoyé le sang. J’ai vu le sang, beaucoup de sang là-dedans. Et à la maison du colonel Mukalay, je lui ai dit : ‘Mon colonel, regardez, j’ai nettoyé du sang dans la voiture’. Et Mukalay m’a dit : ‘Que ce soit la dernière fois, tu ne peux pas dire ça à personne’. C’est Saddam, Hergil Ilunga et Doudou qui m’ont raconté toute l’histoire quand ils sont rentrés et ils m’ont dit : ‘Vraiment, tu sais, à chaque fois nous vous disons que nous sommes des policiers bien formés, mais nous avons achevé le papa que tu as à l’Inspection générale de la police, Floribert Chebeya et Bazana’. Ils ont tué trois personnes. La troisième personne avait vu, elle devait être comme un témoin oculaire et on les a tués le même jour », détaille Kalala Kalao.

Tous ces témoins ont été menacés, directement ou à travers leurs familles. Il est important de souligner que les témoignages recueillis par RFI ne se recoupent pas sur tous les points. Certains minimisent leur rôle dans certaines parties de l’histoire, d’autres se contredisent, comme sur le nombre de victimes ce soir-là.

Est-ce qu’un policier de la police canine a été tué parce qu’il était témoin ? Kalala Kalao l’assure alors que Hergil Ilunga dément.

source:https://www.rfi.fr/fr/afrique/20210209-affaire-chebeya-en-rdc-pourquoi-les-t%C3%A9moignages-sont-ils-cr%C3%A9dibles

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